Envoi de Antoine Barth, ancien chef du Choeur Varenne
29 juillet 2003
Cette réflexion concerne principalement les choeurs donnant des concerts avec orchestre, et je m'en excuse
auprès des autres, mais pas uniquement, et elle part d'un double constat.
1°/ Nos répétitions générales sont souvent plus des répétitions que des générales.
Je m'explique : pressés par le temps, par le début de trac avant une série de concerts, parfois
pressés par les conséquences financières de l'utilisation d'un orchestre et donc du coût de la répétition,
nous utilisons plus nos générales comme un filage (parfois le premier !), comme un essai de
disposition que comme le moyen de faire les derniers réglages acoustiques et musicaux.
Dans un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, comme dit la chanson, une générale
se déroulait en condition de concert de la première à la dernière note, sans
interruption ni reprise, n'autorisant remarques et éventuelles modifications qu'à l'issue de l'accord final.
Combien sommes-nous à procéder de la sorte ?
Parallèlement, les chefs regrettent souvent le manque de "tenue" d'une générale. Certes, le choeur
est fatigué des coups de collier qu'il vient de donner pour être au point pour les concerts, certes chacun
perçoit moins l'absolue nécessité d'être là à l'heure, alors qu'il va faire un effort pour les
jours à venir de concert, certes les voix sont souvent échauffées à la va vite pour ne pas éterniser une soirée qui s'annonce
longue, etc, etc. La qualité musicale de nos générales s'en ressent. Enfin, et cela me paraît loin d'être anodin,
le fait d'effectuer cette générale dans une salle ou une église vide, n'offre pas, c'est une lapalissade,
la nécessaire stimulation que représente un public pour lequel on est évidemment prêt à se défoncer.
En résumé, nous sommes souvent frustrés par le déroulement de nos générales et donc par la qualité induite, dont
tout le monde sait qu'elle a une influence capitale sur la qualité des concerts qui vont suivre.
2°/ Et cela n'a rien à voir avec notre travail, les directeurs de conservatoire ou d'écoles de musique
constatent que, dans une grande majorité des cas, leurs élèves, une fois leur cursus terminé, rangent
leurs violons dans leurs boites, et s'éloignent à une vitesse de plus en plus grande, non seulement de la pratique
instrumentale, mais également de la vie musicale. Ils n'ont pour la plupart, aucune culture de concert.
C'est pour ces directeurs et ces professeurs un échec, puisque l'enseignement musical se sera soldé
par l'apprentissage de techniques, mais pas par l'acquisition définitive du goût de la musique.
Pour des raisons globalement financières, aucun professeur ou directeur ne peut organiser de "sortie de classe"
au concert et donc faire apprécier aux instrumentistes le plaisir de vivre la musique vivante en
tant qu'auditeur privilégié.
Bien sûr, chacun aura deviné l'apparente conclusion de ces deux constats : invitons les élèves de
conservatoires, d'écoles de musique, etc. à nos générales. Cela nous donnera peut-être un peu plus
de mal pour l'organisation de ces générales, pour prévoir éventuellement une présentation
de l'oeuvre, de l'auteur, des interprètes ou autres. Mais chacun a à y gagner, les interprètes
comme les auditeurs : les interprètes qui ne feront plus une dernière répétition, mais un
pré-concert, "dans les conditions du direct !" et qui formeront leur public de demain,
les auditeurs qui s'initieront à la pratique du concert et qui apprendront quelque chose,
l'encadrement des conservatoires qui verra sa fonction élargie.
Même votre trésorier n'aura pas à rechigner : cette pratique ne lui enlevant pas d'auditeurs payants potentiels
(ou vraiment à la marge).
Si je parlais de conclusion apparente, c'est qu'elle nécessite à mes yeux que l'on s'interroge également
sur une déclinaison plus large : associer votre mairie, la mairie du lieu où vous donnez
cette générale, les associations locales, etc. à l'organisation de ces générales publiques;
qu'ils puissent inviter plus largement les enfants des écoles, les résidences de personnes âgées, etc.
Vous leur donnerez l'occasion (pour pas cher !) de se montrer utiles ou agréables avec les
administrés, et ils vous en seront redevables.
Y-a-t-il quelqu'un parmi nous qui peut se passer d'un lien affermi avec ces institutions, à l'heure
où nous avons tous besoin d'un chèque de subvention ou de la vente d'un concert ? La question,
à mes yeux, mérite d'être posée.
Antoine Barth
Chef de choeur / Ancien membre du bureau de l'Association
Elu municipal à Paris
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