Envoi de Nicolas Parisot, chef du Choeur Appassionato de Neuilly
17 mars 2003
Une question à plusieurs volets posée à une récente réunion et concernant le Chef de choeur m'a fait un peu
réfléchir.
Comment le devient-on ? Chacun a son histoire. Cela m'a pris à 25 ans et je
suis allé suivre des stages, sans avoir de choeur. Très émotif à l'époque,
j'ai pensé que ce ne serait pas pour moi. En 78, poussé par une personne, je
suis allé à un stage de Philippe Caillard qui m'a redonné confiance, puis je
ne me suis vraiment décidé qu'en 86 à reprendre une formation suivie. Après
avoir essayé de monter et maintenir un groupe dans mon entreprise (3 ans
quand même), encouragé par Philippe, j'ai repris un choeur avec les
difficultés que cela comporte. Suite à des tensions, j'ai lâché après 4 ans
et demi, et en même temps, on m'a demandé de monter une chorale à Neuilly.
Même si le résultat n'est pas toujours à la hauteur de mes espérances, je
continue depuis cinq ans et n'envisage pas de remettre cela en question.
Pourquoi le reste-t'on ? D'abord parce qu'on pense avoir quelque chose à
transmettre, ne serait-ce que faire profiter les autres de notre expérience
musicale et chorale. C'est gratifiant de monter des pièces chorales, chacun
participant à la hauteur de ses moyens à la réalisation musicale, qui même
pour des gens modestes peut atteindre une qualité très honorable. Je suis de
ceux qui ont acquis l'essentiel de leur formation musicale et vocale grâce
au chant choral. On voit ainsi certains choristes arrivés ignares qui
progressent, gagnent en autonomie et se mettent même à travailler leur voix.
Le chant choral n'est pas un loisir comme les autres, que l'on fait de temps
en temps quand on a le temps, sous prétexte de se réunir un soir. Il y a un
but commun, réaliser un concert, acquérir un répertoire, etc., et chaque
répétition permet de progresser vers la phase finale qui se manifestera sous
la forme d'un ou plusieurs concerts ou auditions. Cela implique des hommes
et des femmes, pour réaliser la musique et pour assurer la permanence du
fonctionnement du groupe tant sur le plan musical que matériel : le moindre
chanteur apporte sa contribution à l'oeuvre commune.
Il n'est pas sûr que professionnaliser à tout prix la fonction de chef de
choeur soit une bonne chose, le charisme n'étant pas délivré ou attesté en
même temps que le diplôme, sans compter qu'il existe d'excellents amateurs
bien meilleurs que certains professionnels. Par contre, qu'un sponsor ou une
collectivité, qui délivre des subventions, s'assure de certaines références
concernant le chef, quoi de plus normal ? mais le seul diplôme ne saurait
être un garantie.
Réserver la réalisation de concerts aux seuls professionnels est une
hérésie. Aller écouter un concert, c'est effectivement aller découvrir une
oeuvre ou écouter quelque chose que l'on aime, et c'est toujours partager
quelque chose avec d'autres. Ecouter un disque, c'est déjà moins intéressant
: ça se fait chez soi et on peut-être distrait. Ceci étant, le disque est un
merveilleux instrument de diffusion culturelle, qui du fait de sa permanence
doit être de qualité. Monter une oeuvre en chorale et la donner en concert a
une autre dimension : cela implique chacun des choristes, c'est le résultat
d'un travail commun qui a nécessité des efforts de tous, et même si
l'exécution de l'oeuvre a quelques faiblesses, il reste tout le bonheur
d'avoir réalisé quelque chose en commun, et d'avoir partagé avec le public
sa joie et son émotion. Si nos choristes continuent à venir chanter, c'est
bien qu'ils y trouvent quelque chose de positif qui les aide à être
heureux. Ne serait-ce que pour cela, les Pouvoirs Publics devraient
s'intéresser à nous. Notre utilité n'est peut-être pas perceptible au
premier abord ; c'est un peu comme faire du grec et du latin, c'est inutile
dans la vie courante, mais ça ouvre tellement de portes sur le plan
culturel...Voudrait-t'on que les gens restent bêtes ? Si dans la vie on ne
fait plus que ce qui est utile immédiatement, cela devient vite ennuyeux.
Doit-on vraiment se demander si on sert à quelque chose ? Toujours est-il
qu'il y a des gens pour partager ce que l'on propose. Donc...
Nicolas Parisot
nicolas.parisot@cea.fr>
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